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Actes : CARNETS DE GUERRE D’UN HUSSARD NOIR DE LA REPUBLIQUE

COLLOQUE DU 29 OCTOBRE 2016 – RESUME DE LA CONTRIBUTION DE PHILIPPE BRUANT – GEOGRAPHE.

Le 13 septembre 1914, le lendemain de la fin de la bataille du Grand Couronné qui repoussa les Allemands sur la ligne de la frontière de l’Annexion de 1871, Marc Delfaud, instituteur originaire de Charente Maritime, arrivait sur la frontière de la Seille en qualité de téléphoniste. Il allait y rester jusqu’au 7 mars 1915.
Il va se déplacer de Bey et Lanfroicourt à Moncel et se rendra également dans la forêt de Champenoux. Il visitera même Nancy. Après des séjours dans le Toulois et à Verdun, il reviendra dans le Saulnois en septembre 1916 jusque mai 1917.
L’intérêt de ces prises de notes ne réside pas seulement dans les descriptions des opérations, mais également dans les observations qu’il relate au sujet des populations civiles qu’il côtoie.
Rares sont les témoignages de ce secteur entre Nancy et la frontière à 20 km de cette ville, d’où l’intérêt pour ce que ce soldat nous apprend de cette zone qui fut toujours négligée et, par conséquent, méconnue.
Ces 672 pages sont un gisement d’informations inédites.

Tout d’abord, l’auteur nous décrit les paysages de ce secteur Est de Nancy où Allemands et Français se sont combattus des premiers jours d’août 1914 au 13 septembre. Ce sont donc les premiers constats de ce que les combats ont pu causer de destructions, tant dans la forêt que dans les villages. Les arbres sont déchiquetés, annonçant déjà ce que deviendront les zones forestières de Lorraine. Les moissons qui n’ont pu être faites présentent des champs dont les épis pourrissent sur pied.
On peut mesurer que c’est l’artillerie des deux camps qui sera le principal acteur des destructions et du saccage du paysage.
Marc a recueilli auprès des soldats qui l’ont précédé ce que furent les combats en milieu forestier. Il en décrit les épisodes et donne les détails tactiques utilisés en ce milieu naturel. La précision de sa description ne peut que satisfaire le lecteur à la recherche des pratiques de combats de ces premiers jours de guerre.
La bataille du Grand Couronné ayant rejeté les Allemands de l’autre côté de la Seille en territoire annexé, le secteur devient calme. Du moins en ce qui concerne les combats d’infanterie, car le danger n’est pas écarté pour les hommes qui occupent le secteur en raison des duels d’artillerie fréquents à partir de la mi-septembre 1914. La forêt d’Amance, Champenoux, Brin est vite transformée en position d’artillerie lourde dont Marc Delfaud donne des descriptions précises quant aux pièces utilisées et aux aménagements qui les abritent. Les lecteurs curieux de ces armes y trouvent satisfaction à enrichir leurs connaissances.
Un des intérêts de ce livre réside dans le récit que l’auteur donne des comportements des militaires durant leur séjour sur les lieux. Que ce soit entre soldats, entre soldats et gradés, entre soldats et habitants des villages, rien n‘échappe à Marc.
La rencontre de combattants français qui viennent de toutes les régions avec les Lorrains est riche d’enseignements. Le lecteur découvre les mentalités à partir des relations entre les hommes.
La fonction de transmetteur de notre auteur lui permet de se déplacer dans tout le secteur entre Nancy et la frontière, donc la ligne de front. A partir de ce nomadisme, il se livre à une véritable analyse sociologique des populations rurales et en ressort les spécificités de chacune des populations.
Ces carnets de guerre sont d’un intérêt primordial pour qui s’intéresse aux événements qui se sont déroulés à l’Est de Nancy dans l’année 1914. La qualité des descriptions de Marc Delfaud en rend la lecture passionnante.
Ajoutons que l’auteur après son passage dans le Saulnois ira combattre dans le secteur de St-Mihiel, puis de Verdun et au Chemin des Dames.
La lecture s’accompagne de notes explicatives qui apprennent beaucoup au lecteur.
Impossible de lire cet ouvrage sans prendre de notes…

CARNETS DE GUERRE D’UN HUSSARD NOIR DE LA REPUBLIQUE, par Marc DELFAUD – Editions « Italiques » – 2009.

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Actes : les casemates de la forêt d’Amance

Les casemates enterrées

Hormis la présence d’un grand nombre de trous d’obus, c’est l’existence surprenante de deux grands types de casemates en forêt d’Amance qui marque le promeneur averti.

On rencontre les casemates enterrées, qui représentent la majorité des installations avec près de quatre vingt dix  ouvrages et les casemates bétonnées représentées par une quarantaine d’ouvrages, soit au total près de cent trente constructions.

A la date du 19 octobre 1914, le JMO (Journal des Marches et Opérations) 26 N 390-05, mentionne le début de la construction de grands abris enterrés dans la forêt d’Amance.

La reconnaissance des casemates enterrées a été déterminée par le fait qu’elles se présentent sous la forme d’un monticule de forme rectangulaire de diverses dimensions. Les plus grandes hauteurs de ces monticules atteignent ou dépassent deux mètres à partir du niveau du sol. Les longueurs au sommet de ces constructions dépassent trente mètres et peuvent atteindre quarante cinq mètres pour les plus grandes, alors que les plus grandes largeurs au sommet sont inférieures à dix mètres.

Les dimensions de ces ouvrages ont été mesurées en 2014 à l’aide d’une chaine d’arpenteur. Elles ont été contrôlées au printemps 2016 avec un dendromètre Vertex. Cet appareil est habituellement utilisé pour les mesures des hauteurs d’arbres et affiche également les distances horizontales. Ce mode opératoire de mesures a été préféré à l’usage d’un ruban décamétrique, du fait de la gêne provoquée par la densité de la végétation arbustive ou arborée recouvrant quasiment presque toutes les casemates enterrées. Les mesures sont données avec une marge d’erreur d’un à dix centimètres, quelle que soit la distance mesurée.

Pour des raisons de commodité, ces mesures sont réalisées sur le sommet des casemates, le transpondeur à Ultrasons étant placé en bordure supérieure de pente. Ce procédé permet d’obtenir des mesures avec une grande précision. Il en découle que l’emprise au sol à la base de l’ouvrage, est augmentée de trois à quatre mètres sur la longueur totale et d’autant sur la largeur totale.

Ces constructions sont toutes dotées d’entrées dont le nombre semble proportionnel à la longueur de la casemate enterrée. Comme pour les casemates bétonnées, les entrées des casemates enterrées sont toutes orientées à l’Ouest, le front de la casemate faisant face à la Vallée de la Seille. Pour confirmer cette assertion, l’orientement du grand axe de chaque casemate a été mesuré en grades à l’aide d’une boussole Suunto Tandem 400.

Les orientations des entrées des casemates enterrées, ainsi que celles des casemates bétonnées varient de l’azimut 180 grades à l’azimut 320 grades. C’est-à-dire qu’elles varient de l’Ouest au Sud. Seule une casemate enterrée a son entrée tournée vers l’Ouest / Nord-Ouest.

Le mode de construction de ces ouvrages recouverts de terre est constant. Une fosse de grande dimension est creusée sur plusieurs mètres de profondeur, puis une solide charpente en chêne est construite. Sur cette charpente seront posées des planches ou des tôles ondulées qui seront elles-mêmes recouvertes de terre, de gros cailloux, puis encore de terre et seront parfois couvertes de plaques de béton partiellement armé appelées « éclateurs ».

Ces éclateurs sont des dalles de béton armé de dimensions 50 cm x 50 cm et de 10 à 15 cm d’épaisseur. Ils étaient munis à chaque angle, d’un anneau métallique qui permettait de les réunir entre eux. Ils formaient ainsi une carapace sur laquelle venaient se fracasser les obus. Sans ces éclateurs, les obus pouvaient perforer le toit des casemates et provoquer de gros dégâts matériels et surtout humains.

Il est toujours possible de voir ce à quoi ressemble un éclateur, puisqu’on en retrouve dans les jardins des villages voisins de la forêt d’Amance où ils servent de dalles d’allées dans les jardins entre autres.

Lorsque la Grande Guerre fut terminée, les services forestiers laissèrent aux habitants des villages voisins, le droit de récupérer tous les bois de construction des cabanes, des cantonnements et des villages nègres.

Pendant ce temps, ces mêmes services forestiers ont obturé et rebouché toutes les entrées des casemates enterrées, cela dans le but d’arrêter les visites des intérieurs des casemates où de nombreux visiteurs sont venus récupérer armes et autres objets ayant été laissés dans les ouvrages.

Cependant, il existe encore aujourd’hui une casemate dont deux entrées sont effondrées. Il est possible de reconnaître l’accès à la descente d’escalier, s’engageant sous la voûte recouverte de plus de deux mètres de terre.

Aujourd’hui, l’accès est condamné par le niveau d’eau qui empêche toute pénétration. Lorsque ce niveau est bas, une visite virtuelle est possible avec un petit radeau de polystyrène extrudé, portant lumière et matériel vidéo.

Ce radeau est fixé à l’extrémité d’une longue perche télescopique articulée. Cela permet de voir les côtés de la descente d’escalier, construite en charpente assemblée. Ceci a été visible durant l’été et l’automne 2015, mais dès l’hiver 2016, l’excès d’eau a de nouveau rendu totalement impossible les observations.

Il s’avère même terriblement dangereux de s’approcher des bords des entrées noyées en raison du risque d’effondrement des berges et donc de noyade.

Certaines casemates possèdent une entrée, d’autres en possèdent parfois une ou deux, voire trois, souvent quatre, le maximum d’entrées étant de six sur une seule casemate.

Ces casemates ne sont pas munies d’aérateurs, mais sont toutes équipées d’un ou deux puisards. Ceux-ci sont toujours situés sur les angles Nord-Est et Est-Sud de la casemate.

Ces puisards sont toujours de section carrée et mesurent entre cinquante centimètres et quatre vingt centimètres de côté. Certains sont profonds, puisqu’à sec, ils descendent à deux mètres de profondeur par rapport au niveau du sol.

La majorité de ces puisards sont colmatés par l’accumulation de feuilles d’arbres et de terre.

Il semble que ces puisards avaient pour fonction de permettre l’évacuation de l’eau qui, régulièrement, inondait la grande majorité des casemates enterrées.

Malgré les réseaux de tranchées d’accès qui les ceinturaient la plupart du temps, ces casemates étaient régulièrement inondées lors des périodes hivernales, mais aussi lors des autres saisons à l’occasion des orages notamment. Cela a contraint les soldats à utiliser des pompes à bras pour la vidange de leurs casemates.

Bon nombre de casemates se sont parfois partiellement effondrées, soit totalement affaissées suite à la rupture probable de la structure de la charpente. Il existe un bel exemple de ce type entre la Cornée-des-Dames et la Cornée-de-Mazerulles.

D’autres casemates présentent des effondrements en cônes sur le dessus. Ces effondrements sont profonds d’un à deux mètres. Ils résultent dans tous les cas de la rupture du plafond de la casemate. Cela est lié à la nature et aux dimensions des bois utilisés.

Quelques autres casemates enterrées ont une partie de leur toiture effondrée, c’est le cas d’une casemate à quatre entrées se trouvant en sommet de côte, au Rond des Princes et d’une autre dans la Tranchée de Champenoux, au niveau de la Route de la Maquignère. Ces questions d’effondrement peuvent aussi avoir pour cause un assèchement de l’intérieur de la casemate qui précède le pourrissement des bois, entraînant par là même, l’effondrement de la charpente et de tout ce qui la recouvre.

L’examen de deux échantillons de bois prélevés sur cette casemate, montre que conformément aux habitudes des constructeurs de l’époque, le chêne est utilisé pour les piliers, le reste des essences forestières étant utilisé pour les traverses.

C’est l’expression même du dicton en vogue chez tous les charpentiers dignes du nom : « chêne debout, sapin de travers ».

Il est aussi à remarquer la présence de casemates totalement enterrées, c’est-à-dire que leur aspect extérieur les rend très difficile à repérer du fait qu’elles affleurent le niveau du sol.

Celles-ci sont noyées en permanence. C’est le cas de deux casemates protégées par une plantation de chênes rouges d’Amérique en mélange avec l’aulne glutineux, à l’Etoile-de-Brin.

Ces deux casemates se situent dans une zone de terrain drainé et bosselé par des segments de tranchées. Pour la construction des casemates enterrées, une grande quantité de bois a été prélevée dans le massif forestier d’Amance.

La forêt avait déjà souffert de la mitraille, elle a encaissé de violents bombardements, puis a été exploitée pour la construction de ces ouvrages défensifs.

On admet qu’il fallait entre quarante et cinquante mètres cubes de grumes pour la construction d’une seule casemate enterrée.

A cet effet et pour permettre l’approvisionnement en poutres, madriers et planches nécessaires à la construction des ouvrages, deux scieries auraient été installées dans la forêt domaniale d’Amance, l’une à proximité du Rond-Bouthillier et une autre au niveau de la route de la Cuvelle et de la partie Sud de la « cote 250 », proche de l’étang de Brin.

Actuellement, il apparaît que seules deux ou trois casemates enterrées auraient reçu des obus. En effet, les cônes de trous d’obus ne sont pas semblables aux cônes d’effondrement des voûtes de casemates.

L’état de conservation extérieur de l’ensemble des casemates enterrées laisse perplexe, tant leur état général de conservation semble exceptionnel.

La plupart d’entre elles sont couvertes soit de régénération naturelle, soit de jeunes arbres comme les gaulis et perchis ou même d’arbres très vieux, en général des hêtres, dont il est possible qu’ils soient issus des régénérations postérieures à la Grande Guerre.

Les entrées de ces casemates enterrées se remarquent facilement par l’effondrement de l’emplacement de l’escalier depuis le sommet de la casemate. Elles sont très facilement reconnaissables par cette simple observation, mais aussi par le fait qu’elles sont toujours perpendiculaires au sens de la plus grande longueur de la casemate.

La longueur de ces entrées est variable, allant de cinq à huit mètres, voire dix mètres. Cette longueur permettait une connexion avec les tranchées, qui toujours, bordent les casemates, parfois sur les quatre côtés. Cela est très souvent le cas à proximité de la « Tranchée de Champenoux ».

D’après certaines photographies de Charles de Preissac, il apparaît que les entrées de certaines casemates étaient coudées. Ceci n’a pas été remarqué sur le terrain lors de l’inventaire.

Comme le montre la carte de répartition, ces casemates enterrées sont assez bien réparties sur la zone étudiée, ainsi elle complète la répartition des casemates bétonnées. La grande inconnue de cette recherche de vestiges demeure l’ignorance des dates de construction de ces casemates enterrées. Cependant, des casemates enterrées étaient déjà construites en juillet 1915, comme en attestent certaines photographies du sous-officier Charles Maday, du 48ème Régiment d’Infanterie Territoriale, qui réalisa un superbe reportage photographique riche de 440 images, dont plus de 120 réalisées en forêt d’Amance à Brin et à Champenoux. Sur son album, la première image représentant une casemate enterrée à la « cote 250 » en forêt d’Amance est datée du 25 juillet 1915. Bien que pratiquement toutes les casemates aient été identifiées comme étant françaises, il y a des doutes pour certaines petites installations dont les entrées sont orientées vers l’Est. Cela supposerait qu’elles soient de construction allemande. Cela reste à prouver par des fouilles de surface afin de retrouver quelques indices permettant de le préciser. C’est le cas pour un ensemble de trois constructions d’aspect particulier et de dimensions identiques se trouvant le long de la route de Bouxières, tout comme une autre installation se trouvant en bordure de l’étang de Brin.

Les casemates bétonnées

A partir de 1916, vint la période de construction des casemates bétonnées.

La grande difficulté dans la recherche des dates de construction, fait que la date de la construction de la première casemate bétonnée de la forêt d’Amance nous est encore inconnue. Actuellement, seules deux casemates bétonnées sont datées. L’une par les « Poilus » de la 2ème compagnie du 58ème Régiment d’Infanterie Territoriale en 1916, l’autre par les soldats de la 24ème batterie du 110ème Régiment d’Artillerie, également datée de 1916.

Avec seulement une quarantaine de constructions, les casemates bétonnées sont réparties de manière assez homogène sur l’ensemble du massif forestier d’Amance.

Quelques casemates sont construites en pierres appareillées et maçonnées, puis renforcées sur le dessus par un merlon bétonné d’épaisseur variable.

Les casemates bétonnées sont moins bien représentées en nombre que les casemates enterrées. Cependant, elles présentent une grande diversité de types et de tailles. Il y a lieu de distinguer les casemates bétonnées enterrées, les casemates bétonnées semi-enterrées, les casemates bétonnées hors-sol, les postes d’observation, les postes de mitrailleurs, les ambulances et d’autres types de constructions à l’usage indéterminé.

La casemate qui se trouve discrètement placée à l’entrée Ouest de la forêt, parcelle AgroParisTech n°35, en arrivant par la route de Fleur-Fontaine, est un bel exemple de grande casemate bétonnée.

L’architecture intérieure donne des indications précieuses sur son usage. Sa toiture est formée d’un assemblage de tôles « métro » en plein cintre, recouverte de béton puis de terre.

Elle est donc entièrement merlonnée et très discrète malgré ses grandes dimensions.

A l’intérieur, on remarque au sol, la présence de petites cavités disposées à espaces réguliers et de section carrée de 15 cm de côté. Ces cavités sont espacées de deux mètres et sont réparties de part et d’autre du grand axe de la construction. Placées à 90 cm des parois, ces cavités étaient les emplacements des piétements-supports des bat-flancs. Il est donc logique de considérer qu’il s’agissait d’un cantonnement pouvant accueillir 12 lits au minimum.

Cette construction ne comporte pas d’aérateur de plafond, alors que les entrées étaient protégées par trois portes successives, à chacune des deux entrées de la casemate. L’extérieur de la casemate est gardé par de très vieux chênes dont quatre au moins conservent les traces de fils électriques inclus dans leur écorce. Il faut considérer que cette casemate pouvait être un poste de commandement doublé d’un cantonnement. Il est exclu que cette construction soit un hôpital du fait de ses entrées coudées. Pourtant, elle comportait trois portes à chacune des deux entrées.

A l’Ouest de la forêt d’Amance, se trouve un groupe de trois casemates toutes aussi intéressantes, car l’une d’entre elles est datée de l’année de la construction.

Il est logique d’en déduire que ses deux voisines ont été construites dans la foulée, c’est-à-dire en 1916, par la 24ème batterie du 110ème Régiment d’Artillerie. Exactement la même signature d’identification de constructeur que les postes d’observation de la corniche Est du plateau de la Rochette.

Deux de ces trois casemates ne sont pas accessibles, car le niveau d’eau élevé y est quasi permanent.

Les deux casemates bétonnées, mais non merlonnées présentent une architecture intérieure particulière. Il s’agit d’une petite salle de dimensions cinq mètres x un mètre cinquante,  à laquelle on accède par deux petits couloirs étroits opposés et symétriques. L’intérieur de ces deux ouvrages montre bien le mode opératoire de construction avec des piliers verticaux en sapin supportant les clés de voûtes en chêne de la forêt d’Amance, bien évidemment.

Ces clés de voûte sont au nombre de quatre. Elles supportaient des planches façonnées en forêt d’Amance par le service des charpentiers. Au-dessus était coulé le béton bien chargé en agrégats fait de gravier de la Moselle. S’il est normal que ces clés de voûte ne soient pas encore dégradées, il est étonnant que les piliers supportant ces clés soient partiellement encore présents. Il est certain que le maintien en milieu humide, voire immergé, a favorisé cette conservation.

Parmi ces trois casemates bétonnées, l’une d’elles est remarquablement merlonnée sur le dessus. Mais pourquoi une telle épaisseur de terre ? C’est sans doute la terre de déblais, issue du creusement de la fosse dans laquelle a été construite la casemate. Elle présente une particularité par rapport à ses deux voisines, car elle est discrètement coiffée d’un aérateur en terre cuite.

Les dimensions extérieures de toutes ces casemates ont été relevées et sont présentées dans le tableau ci-dessous. Un certain nombre de casemates bétonnées a fait l’objet d’un levé de cotes de l’architecture intérieure dans le but de réaliser des plans précis et ainsi de tenter de définir leur usage spécifique. Certaines casemates de fonds de vallons sont totalement inondées tout au long de l’année. De ce fait, même durant l’été 2015 qui fut particulièrement sec, elles furent inexplorables et donc non mesurables intérieurement. La majorité des casemates bétonnées sont en béton armé. Ces casemates présentent souvent un type d’architecture générale extérieure assez semblable, avec deux entrées.

A l’exception des postes d’observation et des postes de mitrailleuses de la lisière Est et des ambulances, toutes ces casemates sont équipées d’aérateurs de plafond. Ces aérateurs de plafond d’un diamètre variant de dix à vingt centimètres, débouchent sur les dessus des casemates. Ils sont parfois terminés par des tuyaux de terre cuite ou de ciment, parfois par des tubes en acier. Certaines casemates, comme celles de l’étang de Brin-sur-Seille, ont des ouvertures latérales formant fenêtre. Une seule casemate bétonnée présente à la fois des aérateurs de plafond et des ouvertures latérales.

La hauteur intérieure des casemates bétonnées à plafond plat en béton, est en moyenne inférieure à deux mètres, alors que les plafonds des casemates dont la toiture est construite en tôles « Métro », dépassent deux mètres de hauteur. Presque toutes ces casemates présentent la particularité d’avoir, inclus dans les murs, de petites cales en bois dans lesquelles sont encore fichées deux pointes en fer, positionnées l’une au dessus de l’autre. Ces cales se trouvent à environ cent soixante dix  centimètres du sol intérieur de la casemate et sont distantes de quatre vingt dix centimètres entre elles.

Leur utilité exacte n’est pas connue, cependant elle est en rapport avec les fils électriques. Soit il s’agit de supports de lignes électriques d’éclairage, soit de supports de lignes téléphoniques. Cette dernière hypothèse est probablement la bonne.

Ce qui est surprenant dans les casemates accessibles, c’est de constater l’état de conservation de ces cales de bois. Il serait même possible de déterminer l’essence du bois utilisé pour la fabrication de ces cales.

Plusieurs casemates ont également gardé une partie des huisseries en bois des portes qui devaient fermer les accès.

Comme ces casemates sont toutes enterrées à l’exception d’une, il va de soit qu’elles sont toutes équipées d’escaliers. Ces escaliers sont pentus et mènent, au bout d’une dizaine de marches, au sol de la casemate qui est bétonné à l’exception de quelques ouvrages où l’on rencontre la terre battue.

Parfois, les escaliers sont coudés, ainsi, on ne voit pas l’intérieur de la casemate. L’autre particularité de ces casemates bétonnées, est que toutes les entrées regardent vers Nancy…

De même ces casemates bétonnées sont toutes orientées Nord-Sud, dans le sens de leur plus grande longueur, tout comme la centaine de casemates enterrées.

Lors de la construction de ces casemates bétonnées, de grandes quantités de terre ont été extraites. A certains endroits, notamment à l’ambulance de l’étang de Brin et à son annexe voisine, ainsi qu’a l’ambulance de la parcelle 16 du domaine AgroParisTech. Ces gros volumes de terre ont été placés à quelques mètres en parallèle de la construction concernée, du côté Est ou Ouest de la casemate.

La terre extraite peut également avoir été placée en merlonnage au dessus de la construction bétonnée qui a été également recouverte d’éclateurs.

La casemate de Bois la Dame

Pour la construction de l’énorme casemate de la parcelle privée de Bois-la-Dame, totalement enterrée, ce sont plus de 500 mètres cubes qui ont été exportés. Un petit segment de voie de 60 semble avoir été spécialement construit pour l’évacuation des déblais qui ont été déversés dans le vallon voisin à une cinquantaine de mètres au Nord.

Cette casemate est pratiquement invisible en venant de l’Est. Seule, une très légère pente perceptible en venant de l’Est, peut trahir sa présence. Cette casemate est accessible par trois entrées à escaliers, dont deux droites. Elle est également équipée de deux lucarnes sur la face Ouest, qui pouvaient être occultées par glissement d’un panneau. Sept cellules composent cette construction, chacune de ces cellules étant équipées de deux aérateurs de plafond d’un diamètre de 10 cm.

Avec ses 21,50 m de longueur intérieure, c’est une des plus belles et plus massives des constructions bétonnées de la Grande Guerre en forêt d’Amance. La date de construction n’est pas exactement connue, mais une marque discrète faite au crayon de papier sur un mur, fait référence à 1918. On notera que pour le coulage du béton, les coffrages ont été placés horizontalement et que le renforcement de la structure à été faite à l’aide de grillage pour cage à lapin.

Quelques installations bétonnées se trouvant en lisère Est, face à Brin et à Bey, ont été sévèrement bombardées. Les débris et blocs de béton restants ne permettent pas de définir un plan de construction et encore moins l’usage du site. Cependant, sur le site appelé « l’échancrure », il est facile d’y reconnaître l’emplacement d’une pièce d’artillerie lourde. Plusieurs de ces casemates bétonnées abritent des colonies de chiroptères, c’est le cas notamment des deux constructions de l’étang de Brin, ainsi que de celle de la parcelle AgroParisTech 35.

Il est donc judicieux et important de ne pas déranger ces sites surtout durant les périodes hivernales. D’autres casemates de fonds de vallons ou inondées en permanence, abritent le crapaud sonneur à ventre jaune (Bombina variegata).

Les marches d’escalier de cette casemate ont un giron de 42 cm et une hauteur de 18 cm. Avec un total de huit marches, cela indique un escalier à très faible pente, donc propice à l’installation d’un poste de secours.

La casemate de la Cornée de Mazerulles

La casemate hors sol de la Cornée de Mazerulles est également un bel exemple de construction bétonnée. Avec une lucarne de tir limitant la hausse à quelques degrés, une amplitude latérale de tir de 50° et une direction centrale de tir orientée vers la forêt de Bezange-la-Grande à 316 grades, on peut supposer que l’emplacement pouvait être occupé par un canon de campagne de 75 voire de 95, tous deux ayant la même voie (écartement des roues).

Cette casemate ne figure pas sur le canevas de tir allemand du 16 juin 1917, or les Allemands étaient très précis dans les positionnements des ouvrages français et surtout des emplacements de batteries d’artillerie.

On peut supposer que ce site aurait été construit après cette date de juin 1917, c’est-à-dire courant 1918, en prévision de la grande offensive de Lorraine.

Ainsi, sur leur canevas de tir de cette date, tous les emplacements de batteries ou de pièces d’artillerie lourde française sont placés avec une remarquable précision. C’est bien le cas du positionnement de la pièce de marine du Rond des Dames et de la pièce de 95 de la Cornée-de-Mazerulles.

Les postes de mitrailleuses de la voie ferrée

La lisière Est de la forêt, face à Brin et proche de l’ancienne voie ferrée, est riche d’un groupe de quatre constructions comprenant : deux postes de mitrailleuses encadrant un poste d’observation monumental. Juste à l’arrière de ces installations, se trouve une construction d’usage indéterminé. Il s’agit probablement d’un poste de commandement ou d’un abri lié aux trois installations citées.

Ces constructions sont dans un très bel état de conservation, avec poutrelle métallique au plafond et terre-plein d’assise pour les mitrailleuses. Le 11 décembre 1915 voit l’achèvement des travaux de bétonnage des casemates pour mitrailleuses. Il reste quelques travaux de terrassement de boyaux et le maquillage des constructions.

Cet ensemble défensif est un des sites les plus intéressants et les plus discrets de la forêt d’Amance. Il est situé en crête, à une centaine de mètres en arrière de la lisière.

Les postes de mitrailleuses et observatoires du petit bois de la Convelle

Au Nord du bois de la Noue Fessin, se trouve le bois de la Convelle d’une superficie de 5 ha, dans lequel se trouvent groupées six casemates en pierres appareillées et maçonnées. Toutes ces casemates ont été décoiffées, probablement par le génie américain en 1918. C’est-à-dire que tous les toits en béton ont été démolis, probablement à l’explosif. Elles présentent toutes des dimensions et des architectures différentes. Dans ce petit bois de la Convelle, se trouvant en fond de vallon, immédiatement au Nord de la Noue-Fessin, six casemates sont groupées sur moins de 1 ha.

 (Extrait de l’ouvrage : les vestiges de la Grande Guerre en forêt d’Amance. René Canta. 2016)

Céleste Berteaud

Parti de la région bordelaise en août 1914, Céleste Berteaud (257ème R.I.) sera capturé au Mort Homme, près de Verdun, en mai 1916. Il débutera sa guerre le 19 août 1914 en franchissant la frontière à Brin-sur-Seille et y restera plusieurs mois.

Avocat de formation, il pris note méthodiquement de sa vie avec ses hommes dans les environs d’Amance et de Champenoux, ajoutant à l’écrit des photos des villages touchés par le conflit et de la vie dans les tranchées. Souvenirs photographiques et légendes rédigées en 1914 permettront de faire revivre le conflit sur le front de Nancy.

Histoire du  Lapérouse, le canon de marine de la Forêt d’Amance.

Le 1er janvier 1916, le groupe des 4 pièces de l’Artillerie Lourde à Grande Puissance (A.L.G.P.), organisé pour contrebattre la position d’artillerie allemande de Hampont, possédait un canon de marine de 164,7 mm baptisé « Lapérouse ». Il était servi par les canonniers marins de la 6èmeBatterie du Lieutenant de Vaisseaux, Lucien Barckhausen, depuis le 1er novembre 1914.

Cet ouvrage militaire en Forêt de Champenoux fut actif jusqu’au 20 février 1917. Il contribua à contenir l’ennemi envahisseur par ses tirs dès la stabilisation du front et participa activement au harcèlement de la pièce allemande du Bois de Chaumont. Les petits David ont eu raison du Goliath qui blessait Nancy.

Les archives du Service Historique de la Défense (S.H.D.) nous dévoileront leurs trésors, sur le transport, le montage et l’implantation sur site. L’organisation et la vie des canonniers marins, les munitions et les techniques de tir seront également évoquées.

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Le centenaire du « Gros Max » de Hampont

Quand la marine impériale bombardait Nancy – Le centenaire du
« Gros Max » de Hampont.

Le canon de Hampont est une très grosse pièce d’artillerie de la marine allemande, mise en place en Moselle pour un emploi terrestre, entre Hampont et Château-Salins. A partir du 1er janvier 1916 et jusqu’au début de 1917, ce super canon exécute par dessus le front, des bombardement sur trois agglomérations urbaines de Meurthe et Moselle : Nancy, Dombasle sur Meurthe et Lunéville. Servi par des canonniers marins, il crache à une trentaine de kilomètres, environ 150 énormes obus qui occasionnent des dégâts et provoquent des victimes.

Cent ans plus tard, de la pièce, il ne reste rien. Sur son site subsistent des vestiges. Son activité et ses conséquences ont laissé des traces dans les archives et son souvenir s’est transmis, de manière fragmentaire dans la mémoire des habitants des localités concernées par sa présence et ses tirs.

Pourtant, ce « Gros Max », semble méconnu du grand public et c’est pour mieux faire connaître cet épisode de la Grand Guerre qu’un livre est en cours de publication.

Lors de cet exposé, serra abordé divers aspect de son histoire : sa construction et la construction du site, ses tirs, ses dimensions, ses performances, ses soutiens et sa logistique, en fait, sa démesure par rapport à son importance dans l’Histoire et sa place dans les préoccupations des autorités militaires et civiles françaises. Il sera apporté quelques réponses  concernant les raisons de l’emploi d’une telle pièce et  pourquoi le haut commandement allemand a interrompu son activité.

 

Marc Delfaud

« Ce que Marc Delfaud, instituteur mobilisé, a vu dans la forêt de Champenoux-Brin, du 13.09.1914 au 07.03.1915 ».

Le 14 septembre 1914, deux jours après la fin de la bataille du Grand Couronné, Marc Delfaud, instituteur mobilisé, arrive à Laître-sous-Amance. Jusqu’au 6 mars 1915, il parcourt la zone de la rive gauche de la Seille et les forêts d’Amance, Brin et Champenoux.

Ses observations sont d’autant précieuses que peu de témoignages existent sur ce secteur.

delfaud

Le plateau fortifié de Frouard

La batterie du fait de son emplacement, a un rôle que le fort de Frouard ne peut assumer correctement : la protection des nœuds de communication des vallées de la Meurthe et de la Moselle ; voies ferrées Paris Strasbourg, canal de la Marne au Rhin, route nationales Besançon/Metz. De plus, elle a une vue directe sur les couloirs d’invasions: vallée de la Moselle et vallée de l’Amezule.

La batterie regroupe en un même lieu un très grand nombre d’éléments spécifiques du système de défense Séré de Rivières.

On y trouve :

  • deux exceptionnelles casemates Mougin modèle 1880 (les seules en Lorraine) ;
  •  4 abris béton pour 8 canons de 95 ;
  • les 3 premiers observatoires cuirassés de l’époque ;
  • le dernier exemplaire en France d’une tourelle à éclipse Galopin modèle 1890, d’un poids de 250 tonnes et d’un diamètre de 5 m 50.

Elle possède toujours ses 2 canons de 155 Long de Bange.